Droit à la déconnexion et équilibre travail-vie personnelle : Est-ce qu’on en demande trop?

Nov 01

Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle qui risque d’éliminer bien des postes, plusieurs commencent à remettre en question la place qu’occupe le travail dans nos vies.

 

Attribués à une poignée d’hurluberlues il y a quelques années à peine, les discours prônant un temps de travail réduit au profit d’une vie communautaire plus riche sont de moins en moins marginaux. De nos jours, de plus en plus de gens pensent que nous devrions travailler moins (mais mieux), et se libérer du temps pour cultiver un jardin, réparer ses objets brisés, ou offrir de l’aide à son voisin âgé.

Malgré la montée en popularité du discours sur la décroissance, disons qu’au sein de nos sociétés occidentales prônant la quête de l’excellence et l’importance de « travailler fort », nous sommes encore loin du compte. Oui, la volonté de bien faire les choses est un acquis important pouvant mener loin dans la vie… à condition d’arriver à garder un équilibre et un rythme de travail qui soit sain. Or, il n’est pas rare que l’on délaisse des activités du quotidien, comme la préparation des repas (en les remplaçant par du resto ou des plats surgelés, ou en commandant d’un traiteur), au profit d’une plus grande productivité au travail.

Encourager l’équilibre : le droit à la déconnexion

Comme c’est souvent le cas quand on va « loin » en tant que société, un phénomène à contre-courant commence à s’installer pour rétablir l’équilibre. Ainsi, à l’opposé du blurring, on voit émerger dans certaines (rares) organisations un discours sur le «droit à la déconnexion».

Au chapitre de la déconnexion, la France se poste en avant-gardiste, avec sa « loi sur le droit à la déconnexion » introduite le 1er janvier 2017. Essentiellement, cette loi donne le doit aux employés d’ignorer les communications professionnelles une fois leur quart de travail fini, et encourage les entreprises à prendre des mesures pour limiter l’accès aux outils technologiques en dehors des heures normales de travail. Mais dans les faits, cette loi n’est pas coercitive – elle a plutôt pour but de conscientiser les salariés et les entreprises à l’importance de la déconnexion.

 

Au Québec, le parti Québec Solidaire avait déposé un projet de loi sur le droit à la déconnexion en mars 2018, mais la ministre du Travail avait alors décider de ne pas légiférer, soutenant que la Loi sur les normes du travail protège déjà les travailleurs à cet effet et que peu de plaintes à ce sujet sont déposées à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

De nos jours, il semble que le discours sur l’importance de l’équilibre entre le travail et la vie personnelle soit, paradoxalement, très présent dans le milieu des affaires. Toutefois, il est souvent répété machinalement, comme quelque chose que l’on prône «pour les autres», mais qui nous fait sentir coupables lorsqu’on l’applique vraiment. Cette dichotomie entre la recherche d’équilibre et l’ambition professionnelle, plusieurs la vivent.

Pourtant, les organisations ont tout à gagner à encourager des pratiques plus saines, et un équilibre entre le travail et la vie personnelle :

  • Il peut s’agir d’une force distinctive pour attirer les employés dans un contexte de pénurie de main d’œuvre
  • Cela favorise l’engagement des employés, qui est directement liée à la performance de l’organisation
  • Il s’agit de l’un des multiples facteurs pouvant contribuer à l’établissement d’une culture de bienveillance au sein de votre entreprise
  • Cela peut aider à diminuer le taux de roulement, alors que la recherche d’équilibre travail-vie pousse plusieurs travailleurs à quitter leur emploi

 

Ainsi, en plus de mettre en place des politiques formelles visant l’équilibre entre le travail et la vie personnelle, les entreprises qui le souhaitent peuvent encourager l’équilibre de vie par divers moyens :

  • Par l’exemple des dirigeants, en les encourageant à quitter le bureau et à éviter d’envoyer des courriels après les heures normales de travail (ou à communiquer clairement qu’ils ne s’attendent pas à ce que leurs employés leurs répondent instantanément)
  • En prenant soin, dans le discours organisationnel, de ne pas renforcer les comportements pouvant s’apparenter au workaholisme, du genre « Sam travaille tout le temps, c’est une machine! »
  • En portant une attention au message envoyé par le biais des promotions (est-ce que ce sont ceux qui travaillent plus de 50 heures par semaine qui sont promus, ou est-ce possible d’avoir une belle carrière dans l’entreprise en ayant un bon équilibre de vie?)
  • Avec des communications internes ciblées (par exemple, un rappel de prendre du temps en famille durant la période des fêtes, de prendre ses vacances…)
  • En l’intégrant aux politiques RH (carrément se doter d’une politique visant la déconnexion ou l’équilibre travail-vie)

Quand on se compare, on se console

Il faut se le dire : la place que l’on accorde au travail varie d’une société à l’autre. Le documentaire American Factory, lancé sur Netflix et produit par les Obama sous leur nouvelle bannière Higher Ground expose à merveille ce clash culturel. À la fois dénonciateur et plein d’empathie, le documentaire met en opposition la place qu’occupe le travail en Chine et aux États-Unis.

Si l’on entend souvent que le travail prend « trop de place » dans nos vies d’Occidentaux, le documentaire est un coup de fouet, remettant les choses en perspective. On aperçoit la réalité des employés chinois de Fuyao qui, avec une attitude pratiquement militaire, travaillent sans relâche, repoussant les limites de l’efficacité humaine à coup de douze heures par jour, et d’une seule journée de congé par mois.

On y découvre aussi un blurring à un tout autre niveau, alors que les employés se marient durant les festivités du Nouvel An chinois, célébrées à même l’entreprise. D’ailleurs, même en plein cœur des festivités, le message organisationnel est martelé, en paroles de chansons, tel un mantra aliénant : «Intelligent and lean manufacturing. All industries should adopt them. Finance, service, manufacturing, […] Employee system is amazing, great at resource integration and market response, waste eliminated, and revenues generated […] Fuyao is creating a new future!»

Incontestablement, en comparaison avec la Chine ou la Corée du Sud, connue pour son workaholisme social (en 2018, La Corée du Sud a réduit le temps de travail à 52 heures par semaine … auparavent il était de 68 heures !), la place qu’occupe le travail dans nos vies d’Occidentaux est enviable. Comme quoi, quand on se compare, on se console vraiment.

Il reste que notre conception du travail est en plein bouleversement, et l’émergence de nouveaux paradigmes sur l’équilibre travail-vie n’est pas moins réelle. Pour aider les employés à construire leur propre équilibre de vie, encourager la déconnexion et augmenter la flexibilité peuvent être un bon point de départ.

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